Certaines tâches qui occupent quotidiennement les architectes et les ingénieurs peuvent déjà être assistées par l’intelligence artificielle. Les exemples présentés lors d’une formation organisée par la SIA Valais et PRISM montrent que l’IA peut déjà faciliter plusieurs tâches du quotidien, de la bureautique au BIM.
Joël Rossier et Léonard Dayer, de PRISM, ont d’abord présenté plusieurs usages transversaux qui peuvent s’intégrer au quotidien de nombreux professionnels. Une boîte mail chargée, un rendez-vous à préparer et une réunion qui s’enchaînent. C’est dans ce type de quotidien que les premiers gains peuvent apparaître. Avec Microsoft 365 Copilot, il est possible de résumer des échanges, de prioriser les messages selon des critères définis à l’avance ou de préparer un brouillon de réponse en tenant compte de l’historique disponible. Avant un rendez-vous, l’outil peut aussi retrouver les derniers documents, rappeler les décisions prises et renvoyer vers les fichiers sources.
Pendant une réunion Teams, l’enregistrement peut servir à produire un résumé, retrouver une décision ou identifier les tâches attribuées à chacun. Pour un procès-verbal de chantier, l’IA peut s’appuyer sur la transcription de la séance et les photos prises sur place pour générer une première version du document, en reprenant le modèle et la structure utilisés par le bureau. Plus les consignes sont précises, plus l’IA peut produire un premier jet proche du format attendu.
Chercher plus vite dans des sources maîtrisées
La recherche dans les normes fait également partie des usages où l’IA peut faire gagner du temps. Des outils comme Gemini Notebook ou Copilot Notes permettent de travailler à partir de documents sélectionnés par l’utilisateur. Lors de la formation, l’exemple portait sur une exigence liée à une place de parc. L’intérêt est de pouvoir retrouver rapidement l’information tout en revenant au passage exact du document pour la vérifier.
Cette manière de travailler rappelle aussi l’importance de maîtriser les données utilisées. Les informations professionnelles sensibles doivent rester dans des environnements adaptés, avec des accès contrôlés. Dans Microsoft 365, par exemple, Copilot s’appuie sur les autorisations existantes et ne donne pas accès à des contenus qu’un utilisateur ne peut pas consulter.


L’IA directement dans les outils Graphisoft
Nathanaël Hervouet a consacré une partie de son intervention aux applications plus directement liées aux métiers de l’architecture et au BIM. Graphisoft intègre déjà plusieurs fonctionnalités d’IA à ses outils et en développe de nouvelles.
Dans Archicad, l’AI Assistant permet de poser des questions sur le logiciel ou sur la maquette. Il peut expliquer comment importer un fichier IFC, sélectionner des murs selon certains critères ou retrouver des objets portant un nom donné. Lors de la démonstration, il a par exemple été utilisé pour sélectionner des murs extérieurs ou compter les baignoires présentes dans le modèle.
L’exercice a montré les limites actuelles de l’AI Assistant. La qualité des résultats dépend de la manière dont la maquette est renseignée et de la formulation de la demande, mais également des performances encore limitées de l’outil. Lors de la démonstration, une simple variation dans le nom d’un objet, comme « Baignoires » au pluriel, pouvait suffire à perturber la recherche. Encore en bêta, l’assistant nécessite donc une vérification attentive des résultats.
D’autres usages autour du BIM et de la modélisation
Nathanaël Hervouet a aussi présenté plusieurs outils qui interviennent à différentes étapes de la conception et de la modélisation.
Certains facilitent les échanges entre les logiciels et l’automatisation des flux de travail. Tapir relie par exemple Archicad à Python, Grasshopper et à des outils d’IA, tandis que Raven permet de générer des composants Grasshopper à partir d’un prompt, sans devoir écrire directement le code. Ces approches peuvent notamment être utilisées pour automatiser certaines opérations.
D’autres outils s’appuient sur des données existantes pour accélérer la modélisation. SnapTwin travaille à partir de scans 3D et de nuages de points pour produire des espaces compatibles IFC, notamment dans le cadre de la numérisation d’un bâtiment existant. BIMmTool utilise également les nuages de points pour détecter des murs et leurs épaisseurs et aider à reconstruire plus rapidement un plan.
L’IA peut aussi faciliter la création d’éléments à intégrer dans une maquette. Vektors permet de partir d’une image pour générer un objet 3D compatible avec Archicad, utile lorsqu’un élément de référence n’existe pas encore dans la bibliothèque.
Ces exemples d’usages sont intéressants parce qu’ils montrent que l’IA ne remplace pas nécessairement tout un processus. Elle peut simplement supprimer quelques étapes longues ou répétitives et laisser au professionnel le travail qui demande une expertise métier ou des ajustements plus fins.


Choisir un outil qui trouve sa place dans les pratiques
Face au nombre de solutions disponibles, Nathanaël Hervouet recommande de commencer par les outils déjà utilisés dans le bureau. Il propose ensuite de vérifier quelques points avant d’intégrer une nouvelle solution, notamment sa compatibilité avec les logiciels métiers et le format IFC, sa stabilité dans le temps et la pertinence réelle de l’usage. Les projets d’architecture et d’ingénierie durent plusieurs mois ou plusieurs années, ce qui rend la pérennité d’un outil aussi importante que ses performances immédiates.
L’intégration de l’IA ne dépend toutefois pas uniquement de la technique. Nathanaël Hervouet résume cette idée par un rapport de « 20 % de technique et 80 % d’humain ». Une solution peut être performante, elle trouvera difficilement sa place dans les pratiques si les personnes qui doivent l’utiliser ne se l’approprient pas. L’adoption par l’équipe et l’organisation du changement comptent autant que les possibilités offertes par la technologie.
Avant d’ajouter un nouvel outil, l’enjeu est donc d’identifier le besoin, de regarder ce que permettent déjà les solutions utilisées au quotidien et de réfléchir à la manière dont le changement pourra réellement être adopté par l’équipe.